Les limites peuvent être définies comme des lignes invisibles qui jouent un rôle important dans notre vie et aident chacun à gérer sa vie et à assumer la responsabilité de ses émotions, de ses actes et de ses attitudes.
Les limites reposent sur des fondements essentiels à notre vie, tels que la liberté, l’amour, le sens des responsabilités et la maîtrise de soi. Les limites sont aussi importantes pour les enfants que pour les adultes et présentent des aspects positifs pour l’enfant. Parmi ces aspects, on peut citer de nombreux exemples : comprendre ce qu’il peut faire, disposer d’un cadre sécurisant, s’adapter à son environnement, connaître ses droits et ses libertés ainsi que ceux des autres. De plus, lorsque les limites sont claires, elles favorisent aussi la construction de l’identité de l’enfant et sa capacité à reconnaître un amour véritable qui se nourrit de liberté. Pour que ces qualités se développent, les enfants doivent intérioriser les limites à travers leurs relations avec leur entourage et les conseils de leurs parents, c’est-à-dire les intégrer à leur propre fonctionnement.
Il faut également garder à l’esprit que les limites doivent être régulièrement réajustées et définies en fonction de l’âge et du développement des enfants. Par exemple, les enfants de 1 à 3 ans comprennent difficilement la logique des limites, mais cela ne signifie pas qu’il ne faut pas leur en fixer ; au contraire, il convient de travailler à la mise en place de limites à travers des règles simples qu’ils peuvent respecter, afin de les protéger des dangers et de développer leur capacité à respecter les limites par la suite.
Les enfants de 3 à 5 ans, quant à eux, comprennent mieux pourquoi ils doivent assumer des responsabilités et quelles en sont les conséquences. Ils ont davantage envie de parler de ces sujets avec vous. Pour apprendre les limites aux enfants de cet âge, il est important de faire ensemble les tâches ménagères et de leur apprendre à formuler leurs demandes poliment, aussi bien lorsqu’ils expriment leur avis qu’avec leurs camarades, et l’un des moyens de leur transmettre ces notions peut être de passer par le jeu, les jouets et les limites qui s’y rapportent.
Les parents doivent tenir compte de certains points essentiels lorsqu’ils fixent des limites. Les voici :
- À mesure que les enfants grandissent, les libertés et les responsabilités qui leur sont accordées doivent évoluer dans le cadre des limites fixées. Il est alors très important que les parents guident correctement l’enfant. Les enfants ne viennent pas au monde en connaissant les limites. Pour qu’ils se développent sainement et gagnent en autonomie, les parents doivent définir des limites claires et adaptées et les leur apprendre. On ne peut pas enseigner les limites à un enfant uniquement par la parole. Les enfants apprennent à partir de comportements concrets. Il est donc important de ne pas oublier que nous établissons nos règles par nos actes. Il est très important d’être clair dans ses paroles comme dans ses comportements et de ne pas ignorer les comportements de l’enfant. Face à une situation indésirable qui exige un non catégorique, nous devons nous assurer que le message est clair, explicite et ferme.
- Lorsque l’on fixe des limites, il est très important pour l’enfant de ne pas tomber dans l’excès. Imposer plus de limites que nécessaire peut susciter des émotions négatives chez l’enfant. C’est pourquoi, dans les situations où vous ne jugez pas nécessaire de dire un non catégorique, donner des responsabilités et de la liberté à l’enfant peut encourager la coopération que vous construisez avec lui autour des limites. Par exemple, si vous avez établi une règle selon laquelle votre enfant doit se coucher à la même heure chaque jour, il peut choisir lui-même le livre que vous lui lirez avant qu’il s’endorme.
- Il est important de ne pas utiliser de récompenses pour fixer des limites. (Par exemple : si tu ne frappes pas tes camarades à l’école, je t’emmènerai au parc.) Même si les récompenses peuvent sembler efficaces au début pour fixer des limites, elles n’apportent pas de solution à long terme.
- Il est très important d’éviter une attitude punitive lorsque l’on fixe des limites aux enfants (élever la voix, menacer, etc.). Cette approche blesse les enfants, provoque des réactions négatives et nuit à la coopération que nous cherchons à construire depuis le début. Par exemple, votre enfant se met en colère face à une limite que vous avez fixée. Si, dans cette situation, vous vous mettez vous aussi en colère, si vous lui faites la tête ou refusez de lui parler, ou si vous le comparez à des enfants qui ne se comportent pas ainsi, cela peut fragiliser la relation de confiance et de coopération qu’il entretient avec vous. Dans une telle situation, il convient d’accueillir sa colère avec empathie, de l’aider à l’exprimer avec des mots (tu as l’air en colère, je crois que tu es fâché contre moi, je veux savoir ce que tu ressens, mais peux-tu me le dire avec des mots plutôt que de me le montrer ? etc.) et de maintenir les limites avec douceur et affection, tout en restant ferme.
- De même, adopter des limites trop souples, supplier l’enfant de faire quelque chose, multiplier les arguments pour le convaincre ou céder et lui donner ce qu’il veut rendra impossible la mise en place de limites et l’amènera à prendre le contrôle. Ces limites trop larges ou trop souples, dans lesquelles le contrôle parental est très faible, entravent l’apprentissage et la prise de responsabilités et peuvent inciter l’enfant à multiplier les comportements indésirables. Il faut garder à l’esprit que les enfants chercheront constamment à repousser les limites pour comprendre ce que nous attendons d’eux, voir jusqu’où ils peuvent aller et tester notre détermination.
- Un autre point à prendre en compte concerne la cohérence avec laquelle nous appliquons nos limites. Des limites incohérentes correspondent à un contrôle parental qui varie de manière incohérente selon les circonstances, sans limite constante pour une même situation, et créent chez l’enfant une incertitude quant à sa marge de liberté. Elles entravent elles aussi l’apprentissage et la prise de responsabilités et peuvent également susciter des réactions négatives chez l’enfant. Pour appliquer nos limites de manière cohérente, nous devons d’abord nous assurer qu’elles sont justifiées et adaptées à l’enfant. Par ailleurs, toutes les personnes qui entourent l’enfant, à commencer par ses parents, doivent s’accorder sur la limite fixée, coopérer et agir en conséquence.
- Les limites les plus adaptées que nous puissions fixer aux enfants sont des limites équilibrées. Les limites équilibrées sont exprimées clairement, d’un ton ferme et calme, et accompagnées de comportements cohérents ; lorsque l’enfant ne veut pas entendre le message, l’attitude adoptée est adaptée à la situation et à son âge. Dans des limites équilibrées, liberté, responsabilité et contrôle coexistent de manière équilibrée. L’enfant dispose ainsi de la liberté dont il a besoin pour apprendre de nouvelles choses, sait jusqu’où il peut aller et se sent motivé pour coopérer. On peut prendre l’exemple d’enfants d’une même fratrie qui n’arrivent pas à partager un jouet. Le parent peut d’abord leur demander d’une voix claire de se calmer et leur expliquer qu’ils pourront ensuite en parler. On peut ensuite demander aux enfants de choisir entre jouer à tour de rôle avec ce jouet ou ne pas y jouer du tout. Si les enfants choisissent de jouer à tour de rôle, il est très important de veiller à ce que chacun puisse jouer autant que l’autre.
- Apprendre à vos enfants à utiliser des mots pour poser leurs limites est important pour leur permettre de s’exprimer lorsqu’ils vivent une situation qu’ils ne souhaitent pas et de définir leurs propres limites. Les enfants doivent apprendre à dire non, je ne veux pas.
- Les limites que vous fixez à vos enfants peuvent les contrarier, et ils peuvent alors réagir en vous frappant ou en pleurant. Dans ces situations, dire « je sais que tu es en colère contre moi, mais je ne veux pas que tu me frappes » ou « je sais pourquoi tu pleures en ce moment, mais même si tu continues à pleurer, je ne pourrai pas te donner la permission ; si tu as envie de pleurer, tu peux pleurer, je suis là avec toi » peut être une manière de fixer des limites dans un cadre sécurisant. De même, votre enfant peut pleurer ou vous frapper lorsqu’il ne veut pas rentrer du parc. Pour prévenir ces réactions, il est important de lui laisser le temps de s’habituer à l’idée du retour à la maison lorsque l’heure approche. Par exemple, lui proposer une alternative en disant nous devons rentrer dans 10 minutes, préfères-tu faire de la balançoire ou du toboggan avant de partir est une façon de lui fixer une limite dans un climat de sécurité et de coopération.
- Féliciter avec mesure vos enfants pour leurs comportements positifs (par exemple, merci de m’avoir écouté) peut les motiver à respecter les limites et vous aider à les mettre en place.
Enfin, il faut garder à l’esprit que les limites sont des repères que les parents construisent avec amour et bienveillance dans leurs interactions avec leurs enfants, et qu’elles existent pour leur permettre de gagner en liberté, les aider à devenir des personnes responsables et les préparer au mieux à l’avenir.
Psychologue clinicienne Yağmur Yarlılar
**BIBLIOGRAPHIE :
**– Mackenzie, R.J. Fixer des limites à votre enfant
– Emine Ergün – Les enfants aiment les limites
– Dr. Henry Cloud/Dr. John Townsend – Les limites chez les enfants