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Mentir est-il une maladie ?

Auteure: , PsychiatrePublication: Dernière mise à jour: 5 min de lecture
Mentir est-il une maladie ?

Selon l’Institut de la langue turque (TDK), le mensonge se définit comme une « parole qui n’est pas vraie, qui ne correspond pas à la réalité ». Autrement dit, le critère principal est uniquement de savoir si les propos sont vrais, et non si le mensonge fait du tort à quelqu’un. Ainsi, une personne qui ment pour ne pas blesser quelqu’un est tout autant une personne qui ment qu’une autre qui le fait pour nuire à autrui ou éviter des ennuis. L’importance du mensonge ou le tort qu’il cause à l’autre relève d’un autre débat. Cela dépend de l’attachement de chacun à ses propres valeurs morales.

Depuis les origines de l’humanité, le mensonge est considéré comme inacceptable, que ce soit dans les croyances, les règles sociales ou les lois. De nos jours, beaucoup de personnes mentent, bien sûr ; il s’agit parfois de ces petits mensonges anodins en apparence, de propos inventés et ordinaires que l’on appelle des mensonges pieux et qui visent généralement à ne pas blesser l’autre. Ces mensonges, destinés tantôt à cacher la vérité, tantôt à se créer sa propre réalité, peuvent devenir une habitude au bout d’un certain temps.

Le mensonge, qui revêt une importance morale dans la société et dans toutes les croyances, altère la confiance et a des effets négatifs sur les relations entre les personnes. Aussi honnêtes que nous soyons, nous mentons tous, chaque jour. Ce qui importe ici, ce n’est pas tant de savoir si une personne ment, mais pourquoi elle le fait.

Nos premiers mensonges apparaissent le plus souvent entre 4 et 6 ans. À cet âge, ils ne répondent pas à une intention précise et ne sont pas malveillants. Toutefois, lorsque les jeunes enfants constatent que leurs premiers mensonges fonctionnent, ils peuvent prendre l’habitude de mentir pour éviter leurs difficultés ou obtenir ce qu’ils souhaitent.

Pourquoi ressent-on le besoin de mentir ?

De manière générale, les personnes peuvent ressentir le besoin de mentir pour se mettre en valeur au sein d’un groupe, se protéger face à une situation en adoptant une attitude défensive, éviter de blesser les autres ou faire preuve de cruauté envers certaines personnes. Bien souvent, les mensonges peuvent aussi servir à impressionner l’autre, à répondre à un besoin d’approbation, à se faire accepter au sein d’un groupe, à éviter les conséquences de ses actes, à se sentir supérieur, à se protéger des dangers ou à protéger les autres. Les personnes pensent ainsi acquérir la capacité de préserver leurs intérêts tout en maintenant leurs relations avec les autres.

Le fait de mentir fréquemment, dans un cycle qui se répète, voire de voir progressivement ces mensonges devenir sa nouvelle réalité, prend une dimension pathologique.

Comment reconnaître les personnes qui mentent constamment ?

L’habitude de mentir est appelée mensonge pathologique et se définit en psychiatrie comme la « mythomanie ». Les personnes atteintes de mythomanie sont qualifiées de « mythomanes ». Formé à partir du grec muthos (légende) et du latin mania (folie), le terme mythomanie est également désigné en psychiatrie par l’expression pseudologia fantastica. Bien que ce trouble ait été décrit pour la première fois en 1891 par le médecin allemand Anton Delbrueck, les recherches menées jusqu’à aujourd’hui restent insuffisantes.

La mythomanie est-elle différente du mensonge pieux ?

La mythomanie peut parfois être confondue avec les troubles de la personnalité. Cependant, contrairement aux personnes présentant des troubles de la personnalité, les personnes mythomanes ne cherchent pas à tirer profit de leurs mensonges. Les troubles de la personnalité commencent le plus souvent dans l’enfance, tandis que la mythomanie débute à l’adolescence.

Comment établit-on le diagnostic différentiel de la mythomanie ?

Les personnes mythomanes ne présentent pas les fortes fluctuations émotionnelles ni les tendances suicidaires observées dans les troubles de la personnalité. La mythomanie peut être confondue avec la confabulation. La confabulation consiste à raconter des histoires inventées et à déformer la réalité. À cet égard, les deux se ressemblent beaucoup. La confabulation se distingue de la mythomanie par la tentative de combler des lacunes de la mémoire d’origine organique. Elle a d’abord été décrite chez des patients présentant une dépendance à l’alcool. La confabulation peut survenir à la suite d’un syndrome de Korsakoff, d’un traumatisme cérébral ou d’une rupture des vaisseaux sanguins de la partie antérieure du cerveau. Autrement dit, contrairement à la mythomanie, elle a une origine organique.

La mythomanie ne figure pas comme un diagnostic distinct dans la classification des troubles psychiatriques. Elle peut toutefois être une manifestation de certains troubles psychiatriques, tels que les troubles obsessionnels compulsifs, le trouble de la personnalité borderline, la dépendance aux substances, les troubles du contrôle des impulsions, les troubles bipolaires, le trouble de la personnalité narcissique et le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité.

Les mensonges pathologiques sont des mensonges fréquents et compulsifs, ils ne visent pas à obtenir un avantage ou ne répondent à aucune raison apparente, ils sont constants et les personnes qui les racontent ne craignent pas que leurs mensonges soient découverts et ne ressentent pas de culpabilité à leur sujet. Raconter un événement que l’on n’a pas vécu comme si on l’avait vécu, s’attribuer une réussite que l’on n’a pas accomplie, prétendre être atteint d’une maladie mortelle inexistante ou affirmer bien connaître une célébrité pour impressionner les autres en sont des exemples.

Alors que les personnes en bonne santé disent un mensonge pieux pour une raison donnée, le plus souvent pour se tirer d’affaire, la personne mythomane ressent une forte envie de mentir, devenue un besoin psychologique, puis éprouve un soulagement après avoir menti. C’est là, en réalité, la fine distinction entre les deux.

Comment pose-t-on le diagnostic de mythomanie ?

La mythomanie repose sur une faible estime de soi et un manque de confiance en soi. La personne tente de combler ces manques en mentant. Il a été constaté que beaucoup de personnes mythomanes ont connu une vie familiale instable. Chez les personnes atteintes de mythomanie, le sentiment d’un faux soi mobilise des mécanismes de défense tels que l’idéalisation pour protéger le vrai soi du faux soi. Le stade avancé de la mythomanie est la névrose et la psychose.

Comment reconnaître les personnes mythomanes ? Quels sont leurs traits de personnalité ?

Certaines études menées auprès de personnes mythomanes ont mis en évidence des anomalies de l’EEG ou une épilepsie, une prédisposition familiale aux troubles psychiatriques ou des antécédents de traumatisme crânien. La mythomanie commence le plus souvent à l’adolescence, période où le développement de la personnalité s’accélère, et le diagnostic est généralement posé entre 20 et 25 ans.

Il n’est pas toujours facile de reconnaître les personnes mythomanes. Même si nous avons souvent le sentiment que leurs récits sont trop extraordinaires ou invraisemblables pour être vrais, au point d’éveiller nos soupçons, il n’est pas si facile de les déceler. Certains indices peuvent aider à les reconnaître. En général, ces personnes évoquent des réussites qui les présentent comme des héros, tandis qu’à d’autres moments, elles peuvent raconter des événements dans lesquels elles se placent en victimes pour susciter la pitié. Leurs récits sont très détaillés et couvrent un large éventail de sujets. Elles répondent très rapidement et avec beaucoup de soin aux questions portant sur leur récit, mais leurs réponses sont souvent vagues et très éloignées d’une réponse exacte à la question posée. Lorsqu’on leur demande de raconter la même histoire à un autre moment, elles en donnent une version différente et tendent à nier lorsqu’elles sont confrontées à ce mensonge. Elles peuvent alors se mettre brusquement en colère et se poser, là encore, en victimes face à l’accusation dont elles font l’objet.

Si le mensonge est une maladie, existe-t-il un traitement ?

Le traitement de la mythomanie repose généralement sur une psychothérapie menée avec un psychologue, et un traitement médicamenteux peut également être instauré selon les résultats de l’évaluation psychiatrique.

Bien entendu, au cours du traitement et de la thérapie, il convient d’aider la personne mythomane à prendre conscience de sa maladie plutôt que de lui répéter en face qu’elle est une menteuse. Il est essentiel de garder son calme pendant le travail sur la prise de conscience et la perception des dommages causés. Une méthode de traitement est ensuite définie en fonction de l’état de la personne mythomane qui a accepté sa maladie, et la prise en charge commence. Chez ces patients, qui bénéficient le plus souvent d’une psychothérapie, des changements importants peuvent être observés dès la fin de la première séance.

La mythomanie, qui se caractérise par un processus d’interprétation et de construction de récits sans rapport avec la réalité et dont le traitement est essentiel, peut entraîner de graves troubles de la personnalité si elle n’est pas traitée. Il est donc très important de convaincre le patient de se faire soigner et de commencer le traitement et les thérapies dans les meilleurs délais.

Psychologue clinicienne Solin Çekin

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